(texte paru dans le Journal de Saône-et-Loire, 14.09.2001)
Le
Mont Beuvray n'est pas seulement le lieu de rencontres archéologiques. C'est
ainsi que les Arcandiers, sympathique formation musicale du Morvan, ont rencontré
Daniele Vitali et l'équipe italienne qui travaille à Bibracte. Ceux-ci les ont
invités à se produire près de Bologne, dans le Nord de l'Italie. C'est désormais
chose faite avec un voyage d'une semaine, riche en contacts et en événements.
Les
musiciens se sont mis en route le 23 août dernier. Objectif Monterenzio, au
sud de Bologne, un petit village qui accueille un musée archéologique, modeste
par la taille et les moyens, mais brillant par la qualité de ses objets et de
sa présentation. Il expose les résultats des recherches sur le passé préhistorique
de la région, qui a vu se mêler les Etrusques et les Celtes de la plaine du
Pô. Le premier anniversaire de l'ouverture de ce musée a donc été l'occasion
d'un concert, nocturne et en plein air, au cours duquel les Arcandiers ont pu
faire découvrir, entre autres, la musique et les danses traditionnelles du Centre-France
à une centaine de spectateurs de la région.
Dès
le lendemain, le groupe a gagné la ville de Ferrara et son fameux Buskers Festival,
une manifestation d'une semaine dédiée aux musiciens de rue et comparable à
"Chalon dans la rue". Les Arcandiers s'y sont produits au cœur de la vieille
ville, sur le parvis de la cathédrale du 14e siècle. Une étape de quelques jours
à Ravenne, sur la côte adriatique, a vu l'ultime concert de cette "expédition
culturelle". Nos Morvandiaux sont rentrés fatigués mais heureux de cet intense
voyage, et enchantés par l'hospitalité italienne.
Ils
tiennent aussi à témoigner de contacts moins agréables, avec des milieux de
l'extrême-droite. "Deux de nos voitures ont été pillées", raconte le
violoniste du groupe. C'est une anecdote comparable à bien d'autres, mais la
chose a été commise par une bande qui annonce fièrement avoir pour modèle Benito
Mussolini. La musique a été un autre mode de contact. Les instruments et le
répertoire des Arcandiers sont parfois assimilables à ce qu'on appelle "musique
celtique". Or le thème des Celtes a été "récupéré" par la Lega del Nord. Son
symbole est la croix celtique aux bras égaux dans un cercle. Un de ses sympathisants
s'est présenté comme "Celte et homme du Nord".
"Cela
nous pousse à réfléchir sur la relation entre la musique, l'histoire et la politique.
Il y a une tendance perverse à utiliser les anciens Celtes pour justifier certaines
revendications politiques actuelles, souvent d'extrême-droite. Notre musique,
en aucun cas, ne s'inscrit dans cette idéologie. Au contraire, nous voulons
témoigner de la diversité des traditions musicales, et de l'enrichissement que
peuvent provoquer leur rencontre et leur mélange", commentent les Arcandiers
assurant que "ces confrontations pénibles" (les) encouragent encore plus
à faire passer, à travers leurs mélodies, un message de générosité et d'ouverture
d'esprit...